Portrait d’une architecture criminelle
« J’ai réalisé un rêve ». Josef Fritzl, Autriche, 2008
Installation, bois, ciment, parpaings

L’installation s’engage autour de problématiques liées à l’enfermement, se référant sur l’affaire Josef Fritzl où celui-ci avait enfermé sa fille pendant 26 ans dans une cave, construite et aménagée sous son pavillon autrichien.

Pour inoculer au visiteur la vive émotion que j’ai ressenti à la découverte de cet insupportable fait divers, je propose une installation où les éléments de l’espace sont déconstruits. Ce pénétrable claustrophobique et son titre énigmatique cherchent à vous mettre dans une situation grinçante vous laissant malgré tout le choix de vos interprétations.
Voici un espace de contrainte dont l’angle saillant et les murs inclinés laissent apparaître ses fondations souterraines. Le sol du 308 cache-t-il un autre espace ?

Par effet de miroir, un sol percé de la maquette de la cave de Josef surplombe votre tête vous projetant l’espace d’un instant dans cette architecture d’oppression.

C’est après des recherches auprès des archives de l’INA et de nombreux journaux allemand et autrichien que j’ai imaginé la forme de ce lieu effrayant. Cette maquette, une sculpture, un objet à la plastique quasi minimal, en béton, apparaît à vous comme extraite du sol par un geste de découpe. Le geste ne se percevant que dans un rapport enfantin d’assimilation de la forme au trou. Un jeu de dialogue se met donc en place entre cette maquette et cette percée qui en représentent la forme en négatif.

À travers un sous titre, « J’ai réalisé un rêve », je mets en exergue une phrase de Josef Fritzl lors de son procès en Autriche en 2008. Cette phrase amorce ce qu’entretient la séquestration comme méthode de réalisation d’un idéal. C’est en réalisant son autocratie, réduite à un cercle très privé, qu’il met en oeuvre ses pleins pouvoirs. C’est par un périmètre, construit de manière méthodique, afin que le cercle créé puisse tourner parfaitement sur lui-même, qu’il pouvait être hors d’atteinte des autres. Il s’est construit «son monde », avec certains codes et à travers un espace où les lois ne sont plus que les siennes, celles d’un unique esprit, sans doute pétri d’idéalisme pervers.

Sa famille, celle à l’étage et celle dans la cave, issue de l’inceste, fut installée dans le repli d’un monde préexistant, dans une hétérotopie à l’intérieur d’une société qui obéit à des règles qui sont autres.

C’est donc dans un espace sous cette maison, qui ne devait pas être vu, sous peine que Josef Fritzl retombe sous le coup du jugement que : « ce qui ne se voit pas n’existe pas ». Le foyer perçu comme espace de violence invisible.
Ce faits divers est le reflet du paradoxe d’une société qui voit le danger partout et toujours à l’extérieur du foyer alors que le pire peut se produire à l’intérieur où l’on devrait pouvoir se sentir à l’abri, en sécurité. A plusieurs niveaux dans cette affaire, les choses se sont jouées sous un aveuglement collectif, sans que personne ne s’aperçoive jamais de ce qui se tramait sous terre.
Pour les prisonniers de la caverne de Platon, un autre « enfer » les attends ensuite, celui de voir la vie sans les murs.

Julie Brusley


résidence 2014 chez BDM

Vues de l’exposition au 308

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